Une fin de résidence … qui continue !

Sur la base des riches échanges engendrés cette année 2015 par David SUET à l’occasion de sa résidence au lycée Peytavin au sein des différentes spécialités enseignées dans les filières professionnelles et technologiques du lycée, l’association Artelozera souhaite pérenniser un partenariat avec le Lycée Peytavin qui permette à la fois aux artistes de trouver des interlocuteurs diversement spécialisés qui puissent nourrir et alimenter leurs réflexions et aux enseignants d’ouvrir leurs élèves, mais aussi le personnel enseignant et administratif du lycée à la création artistique.test&&0035

Au cours de cette année scolaire 2014-2015, les enseignements a priori séparés des filières de Sciences de la vie et de la terre, des ateliers de Productique ou d’Hôtellerie restauration du lycée ont pu permettre l’amorce de réalisations artistiques transdisciplinaires. L’association Artelozera souhaiterait continuer dans cette voie pour permettre une ouverture constante des différentes spécialisations du lycée à la création plastique contemporaine et nourrir le dialogue de elle-ci avec les riches et divers savoirs-faire qu’elles transmettent. L’association se propose de mettre en contact les artistes résidant sur le territoire et ceux invités en résidence avec les différents professeurs du lycée pour imaginer des dialogues créateurs et féconds pour tous : élèves, artistes, professeurs.
L’association Artelozera s’est crée en 2014 sur la ville de Mende dans le but de favoriser la création artistique contemporaine sur le territoire : par l’organisation d’expositions et d’évènements artistiques sur l’espace public lozérien et leurs médiations. Dans le cadre d’un contexte de création excentré des réseaux traditionnels d’identification de validation et financement des oeuvres : sans galerie, musée ou école d’art, le parti pris de l’association est de tisser des réseaux de partenariats avec des acteurs locaux fournissant chacun à leur échelle savoir-faire, matériaux ou plus simplement sources d’inspiration aux artistes invités en résidence au bâtiment la Lanterne au 3 rue basse à Mende, premier bâtiment de l’association, ainsi qu’aux artistes locaux désireux d’interroger collectivement l’espace public sur le département, voire en dehors.test&&0059 - copie

Seconde interview de David – « A l’Oeil nu »

David a aimablement accepté de nouveau de répondre aux question de Damien, cette fois-ci dans le cadre de l’exposition « A l’Oeil Nu » à l’église du Molezon, à Le Pompidou, dans les Cévennes.

 

Damien Puel: Qu’est ce que l’exposition « A l’œil nu » ?

David: L’exposition « A l’oeil nu » est l’installation de mon travail dans la chapelle du Molézon, dans la commune de Le Pompidou.

D.P: Quand ?

D.: Le premier week-end de Pâques, du samedi au lundi soir.

D.P: Es-tu heureux d’y participer ?

D.: Oui, très : c’est organisé par des personnes très généreuses, qui ont crée le petit centre d’art de l’Oeil, à le Pompidou. C’est une joie d’intervenir là-bas dans un cadre aussi magnifique.

D.P: Es-tu avec d’autres artistes ?

D.: Non, je serais seul à présenter mon travail.

D.P: Comment installes-tu ton travail dans ce lieu ?

D.: Je réalise tous mes travaux sur place, puisque je travaille avec des matériaux qui ne permettent pas le transport de mes œuvres, comme le sucre, le verre et la paraffine : c’est un travail dans la logique de l’« in situ ».

D.P: Qu’est ce qu’ une installation « in situ » ?

D.: C’est créer un travail en fonction du lieu où on l’expose, c’est être attentif à un site, un environnement. Le terme a été créé par un peintre, Buren, du mouvement support-surface. Pour faire simple, disons qu’on n’arrive pas avec quelque chose de tout près.

D.P: Peux tu nous en dire plus sur les techniques que tu vas utiliser « in situ » ?

D.: Je vais essayer d’ utiliser du sucre coulé : c’est un sucre ch160°C, avant d’être coulé dans la forme qui m’intéresse. Ceci dit cela risque d’être difficile : le lieu est très humide. Je vais casser et rouler des verres sécurisés, et je vais également noyer des néons dans du sucre et de la paraffine. Je vais donc confectionner des moules de ces néons pour y couler ces deux matières.

D.P: Tout est réalisé  « in situ » dans ton travail?

D.: Non, j’ai un travail photographique, un travail vidéo. Le reste de mon travail n’est pas strictement « in situ »: il est réalisé sur place essentiellement parce que j’utilise des matériaux qui ne « tiennent » pas longtemps debout. Si tu préfères, j’essaye toutes sortes d’expériences sur des matériaux à l’atelier pour les reproduire ensuite, selon le lieu où je peux exposer.

D.P: Comment as-tu préparé cette exposition?

D.: Après la visite du lieu, j’ai réfléchi à la nature des formes que je souhaitais y exposer et j’ai retenu l’idée d’une forme fermée sur elle-même et qui travaillerait les notions d’intérieur/extérieur. Je souhaite également jouer avec la lumière du lieu.

 

Interview réalisée le 30 mars 2015.

Micro-douceurs

Aujourd’hui j’ai été très-très agréablement reçu dans les laboratoires de Sciences de la Vie et de la Terre du lycée Chaptal (thé et petits gâteaux et gentillesse, quelques grammes de finesse…) pour utiliser leur microscopes à lumière polarisée et enregistrer quelques images de mes cristaux de sucre au tout début de leur croissance. Les résultats manquent de netteté mais avec une petite accentuation permettent d’envisager les résultats possibles avec des outils plus performants (retour envisagé à la fac de sciences de Montpellier). Quelques images :40|CMEX 5000|1,1199942656

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Laboratoires du Temps/temps animaux

La visite, avec élèves et professeurs de l’université des sciences de Montpellier : trois journées formidables. Chaque visite commentée d’un laboratoire et chaque conférence sont des ouvertures sur des domaines fascinants.

Nous avons commencé avec la datation nucléaire et une conférence sur la radioactivité et la mesure du temps en géologie puis par la visite de trois laboratoires. Mon pauvre cerveau   d’artiste est particulièrement mis à mal par la complexité des démonstrations, je retiens notamment l’impossibilité de se représenter le fait que 100 microns de roche étudiée dans l’un de ces laboratoires révèlent des différences de formation d’un milliard d’années entre certains de ses composants… De quoi regarder le monde avec un certain vertige, du moins du point de vue de l’intelligence fonctionnelle. L’homme créer les langages et les représentations spécifiques dont il a besoin, et il y en a beaucoup ( Les distinctions  des deux temps de la pensée grecque, Aîon et Chronos, qui me suffisent parce que je les éprouvent, sont formidablement éloignées des problèmes de datation dont on me parle ici). Les élèves qui suivent la voie -admirable- de la connaissance et de l’intelligence rationnelle doivent prendre les considérations d’artistes pour des choses bien légères! Ou farfelues… D’ailleurs ils auraient en partie raison.

Le lendemain nous visitons le service de microscopie électronique et ses labos de cristallographie. Les moyens mis en oeuvre sont colossaux et l’on s’approche de l’échelle de l’atome. Surtout à chaque fois les représentations recherchées par ses machines sont entièrement fonctionnelles et révèlent la nature physico-chimique de chaque matériau observé, en plus de ses propriétés mécaniques grâce à l’orientation des mailles cristallines. Le résultat visible pourrait être aussi froid qu’un tableau périodique des éléments, mais il est d’une prodigieuse prodigalité de couleurs : une grande et belle abstraction.

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Bref que signifient ces commentaires non initiés sur un projet pédagogique scientifique? Et bien déjà que la délicate invitation qui m’a été faite de me joindre à ce petit séjour en Université scientifique témoigne d’un intérêt ou du moins d’une curiosité pour la pensée toute plastique que je pourrais en dégager : des personnes aux constructions intellectuelles différentes, aux représentations étrangères, peuvent accorder audience à l’univers de l’autre dans un simple souci d’enrichissement, quels que soient les divergences de leurs buts… c’est le b.a.-ba de la culture bien sûr, et pourtant la vie quotidienne ne nous en offre pas si fréquemment d’exemple. (Sans doute aussi écris-je ceci après une semaine de médiation d’une exposition où j’ai si souvent observé des personnes effrayées ou énervées de ne pas comprendre, ou de ne pas reconnaître quelque chose qu’elles aimaient déjà). Ce déplacement, ce mouvement de soi vers l’autre, qui implique bien entendu un retour enrichi et se conçoit comme un élargissement progressif de ce que je reçois et donne, c’est un débat passionnant entre des professeurs de mathématiques, de biologie, de philosophie qui m’a donné envie d’en parler. Le débat portait sur la spécificité de l’espèce humaine (évidente pour les uns, mise en face des infinies spécificités des mondes animaux par le représentantes sciences de la vie). Je  le cite non pour y prendre part mais pour le bonheur de partager la lettre A de l’Abécédaire de Gilles Deleuze, qui nous parle d’animaux, de territoires, d’art, de richesses de mondes et de la façon dont l’animal, dans l’altérité qu’il nous propose, nous aide entre autre à nous penser, et à penser l’art

Pour finir sans mot, quelques petites images d’un livre merveilleux (milieu animal et milieu humain de Jakob von Uexküll) :

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Fabrique du bio

Du lundi au mercredi soir, cette semaine, j’ai eu la chance de participer à un très beau projet pédagogique : des élèves de première et terminale des séries SVT et SI invités à découvrir plusieurs départements de l’Université des Sciences de Montpellier en compagnie de leurs professeurs.

Sur la route il y avait la visite d’une laiterie « bio », enfin l’une de ces entreprises d’agro-alimentaire qui se pare du label. Je me suis concentré sur l’aspect plastique de la visite, tout en couleurs primaires :

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Dernière phase de résidence

La période d’essais en atelier au lycée s’achève : ma pratique a pu se développer notamment au sein du restaurant d’application, dans la fréquentation de l’atelier de productique, les échanges également avec le personnel du lycée qu’il s’agisse de professeurs, d’agents de service, de personnel administratif. Quelques visuels des travaux issus de ces recherches exposés en ce moment et jusqu’au 13 mars à l’occasion de l’exposition Contact, à la Maison Consulaire de Mende.

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Ici une cristallisation de sucre sur des néons rebutés, un travail initié par les discussions avec Alain Jacquet, professeur de Sciences de la vie et de la Terre au lycée Peytavin

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Ci-dessous des pièces issues de l’atelier de productique : des impressions de noir sur papier photo satiné, contrecollées sur aluminium et poncées aléatoirement par les grains céramiques d’une machine de l’atelier de productique : ressort une série de paysages présentés en diptyque.

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il y a également une proposition en sucre tiré : c’est un satinage du sucre que je travaille dans le restaurant d’application. Ici le sucre tient une baguette de bois qui vient dessiner avec fragilité  l’espace où s’exposent les propositions de plusieurs artistes.

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Cette exposition est l’occasion de m’interroger sur la forme que doit prendre l’évènement prévu en fin d’exposition. J’ai accueilli plusieurs classes à l’atelier pour leur faire découvrir mes travaux ainsi que  la démarche qui motive mes productions, mais j’ai également présenter mon travail à d’autres personnes : des CPE, des agents du lycée, des femmes de ménage. Je me plais à imaginer un évènement qui fasse se côtoyer les différences de ces personnes et la question, plus précisément, serait celle-ci : Qu’est-ce qui s’expose, au sortir d’un contexte d’immersion dans le lycée ? Mon univers plastique, enrichi de ce séjour ? Ou quelque chose de la richesse et de l’hétérogénéité de ce petit univers ? Je me suis demandé si ce n’était pas le lycée qui pouvait s’exposer d’une façon inédite à la maison consulaire, ou si il ne fallait pas chercher du côté d’un évènement vécu grâce à la participation de tous.

J’aimerais que cette question soit ouverte et que toute personne du lycée puisse s’en saisir et me donner son avis, ses idées.